Le chant patriotique de la Révolution française adopté par la France comme hymne national, fait depuis un certain temps, écho à l’actualité socio-politique instaurée par l’exécutif. Et pourtant, ni les mouvements sociaux, ni les étudiants, ni même les syndicats, n’arrivent à infléchir une lente mais méthodique dégradation sociale aux enfers…

Il y a peine douze petits mois, le candidat Macron se prétendait avant l’élection et ce, même après le premier tour, comme le candidat « ni de droite ni de gauche ». Un an presque jour pour jour et désormais, il se revendique dans le Journal du dimanche comme étant un homme ayant « un ethos de droite ». Pour rappel, l’éthos désigne la « coutume », la « manière d’être ou les habitudes d’une personne », le « caractère » et enfin, la « disposition de l’âme et/ou de l’esprit ».

Pourtant, il était bien parti d’une base électorale plutôt de centre-gauche au moment de son élection… Mais depuis, le chef de l’Etat n’a eu de cesse, pendant la première année de son quinquennat, de donner des gages à la droite. Tant et si bien, que la droite en question, n’a sans doute jamais eu un représentant plus fidèle à ses idéaux et politique. D’ailleurs, selon le baromètre Kantar Sofres OnePoint du mois de mai pour Le Figaro Magazine, les sympathisants des Républicains sont désormais majoritairement satisfaits du président de la République : 53 % (+ 14 points en un mois).

Arme adroite pour faire passer l’arme à gauche

On pourrait croire que le but de la politique est d’assurer le bien public. En ce sens, son but serait sinon la morale, du moins serait-il moral. Mais entre vous et moi, la politique actuelle vise-t-elle autre chose que le pouvoir en lui-même et pour lui-même tout en réussissant à l’obtenir et surtout, à le conserver ? Pour autant, ne serait-il pas possible de concevoir et concilier en politique, efficacité et moralité ? A cette question philosophique de base, nous avons deux courants de pensée. Kant disait que « l’être humain est un animal qui a besoin d’un maître » car en l’absence de maître, il est incapable de se conformer à l’impératif moral. Mais pour pouvoir établir ce règne, le maître lui-même doit être soumis à l’impératif moral. Pour Machiavel, la politique vise la réussite, plus fort encore, il faisait de la réussite un devoir moral pour le politicien. D’ailleurs, il estimait qu’une faute politique était bien plus grave qu’un crime moral.

De ces deux postulats, chacun exprimera son idéal. Pour ma part, je ne crois pas que l’homme soit un animal dénué de toute capacité à vivre sans un souverain, et je suis loin de la vision machiavélique qui stipule que le souverain se doit d’obtenir le pouvoir et de le conserver, et pour cela, tous les moyens sont bons.

Pour autant, force est de constater que le temps politique qui nous occupe manie habilement les armes du pouvoir pour propulser une certaine catégorie d’individus, vers une faim, oups, pardon, vers une fin certaine. Alors que près de neuf millions de Français vivent sous le seuil de pauvreté, Macron n’a toujours pas défini la pauvreté comme une priorité de son quinquennat. « Nous n’avons aucune visibilité sur ce que le gouvernement envisage », regrettait Etienne Pinte, président du Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale (CNLE), dans une interview au Journal du Dimanche début mai.

En ayant mis en place une série de mesures business-friendly comme la suppression de « l’exit tax » en 2019, la transformation de l’impôt sur la fortune, l’instauration d’une « flat tax » sur les revenus du capital, ou encore la baisse de l’impôt sur les sociétés, Macron creuse encore plus les inégalités. En effet, selon l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), cette nouvelle politique socio-fiscale profitera d’abord et avant tout, aux 5% des Français les plus riches, qui verront ainsi leur niveau de vie augmenter de 1,6% en 2018. Et si le niveau de vie de la majorité des ménages stagnera, celui des 5 % les plus pauvres baissera de 0,6% ! Les nouvelles lois, comme celle de l’alimentation, avec la fin programmée des promotions en magasin, la baisse des APL ou la loi travail, n’aideront en rien.

Et même si Macron a fait quelques gestes envers les plus modestes (baisse des cotisations salariales et revalorisation de prestations sociales), les 2% les plus riches capteraient « 42 % des gains à attendre de ces mesures » à l’horizon fin 2019, selon les prévisions de l’OFCE.

La richesse amassée est un fumier pestilentiel ; la richesse répandue est un engrais fertile

Inutile d’être communiste ou populiste pour comprendre que les temps changent et qu’il faudra se résoudre à penser de manière plus « globale » et moins, « perso » ! Inutile d’être économiste de renom pour dire que la richesse amassée par certains est une bonne chose, mais qu’elle devrait être répartie d’une façon ou d’une autre.  Étant donné qu’a l’heure actuelle des choses, elle reste le plus souvent chez ceux qui gagne en richesse sans investissement tangible dans l’économie de tous les jours. Il faut savoir, que selon un rapport publié par l’organisation non gouvernementale Oxfam et le Bureau d’analyse sociétale pour une information citoyenne, depuis 2009, les actionnaires des groupes du CAC 40 ont récupéré plus des deux tiers des bénéfices de ces entreprises. En ce qui concerne les investissements, ils sont en moyenne que de 27,5 %. Les salariés quant à eux, se sont vu attribuer 5 % du total sous la forme d’intéressement et/ou, de participation.

Autant dire que la théorie du « ruissellement », ruisselle bien, mais dans un sens et non dans l’autre.

C’est très certainement pourquoi, 76 % des personnes interrogées par la Fondation Abbé Pierre « estiment qu’il est difficile de trouver la place souhaitée ou méritée au sein de la société française ». Dans l’ordre de gravité, l’inégalité face à l’emploi arrive en première place pour les personnes interrogées (61 %), avant l’accès aux soins (58 %) et le logement (51 %). Quand on sait que le logement constitue 55 % des dépenses mensuelles des ménages les plus pauvres, contre 17,4 % en moyenne chez le reste de la population, et 12,5 % pour les plus aisés. Quand les 10 % des plus pauvres ayant un revenu mensuel moyen de 678 euros, paient en moyenne par mois, 379 euros en logement, ne laissant que 299 euros pour tout le reste et que 7 % des ménages les plus pauvres ne parviennent tout simplement plus à payer leur loyer, il y a de quoi s’indigner. Enfin, on devrait s’en indigner…

Surtout que cette situation à de terribles répercussions. Ainsi, environ 33 % des enfants logés dans des logements insalubres souffrent de troubles respiratoires, contre 7,1 % dans les autres ménages. Près de 450 000 personnes ont été forcées de retrouver le foyer parental à cause d’une situation précaire. Et accrochez-vous bien, la moyenne d’âge au décès des personnes sans domicile est d’environ 49 ans quand celle de la population française est de 77 ans…

La première égalité, c’est l’équité

Lors d’un entretien avec le magazine américain Forbes, début mai, le président développait longuement sa vision de l’économie française. La « disruption » et la libéralisation y sont jugées indispensables pour adapter le pays à la marche du monde. Aux critiques, Emmanuel Macron répond en 2018 comme Margaret Thatcher dans les années 1980 : « Il n’y a pas d’alternative » … Disrupter : Ce terme, signifiant grosso modo « bouleverser en profondeur une situation ». Cette expression est plus volontiers utilisée par les patrons de start-up ou les cadors du marketing. Le président de la République l’emploie six fois en 20 minutes avec les journalistes de Forbes.

Et en effet, la disruption est en marche tout particulièrement a l’attention des plus modestes. Pour preuve, dans un document intitulé « Transformer les prestations sociales », révélé par le Monde en mai, il apparaît que la direction du Budget envisage plus que sérieusement, de revoir à nouveau l’attribution et le niveau de plusieurs prestations sociales destinées notamment, aux ménages et aux personnes démunies. Histoire de réduire les dépenses publiques, la direction du Budget a donc formulé ces nouvelles « premières pistes d’économies » …

Il est peut-être temps de revoir nos copies sur l’avenir de notre nation, toute population et condition confondues. Il est certainement temps de se pencher sur ceux qui ont véritablement besoin d’aide. En 2018, il est inconcevable de s’intéresser uniquement aux « premiers de cordée », à ceux qui réussissent au détriment de ceux qui peinent. Si l’on veut agir efficacement contre la pauvreté, il faut prendre en compte les inégalités dans leur ensemble et leur complexité. Il semble tomber sous le sens que les réponses à apporter doivent à la fois, prendre en compte les effets concrets des politiques publiques pour les plus pauvres et les effets de ces politiques sur les inégalités, sur l’organisation globale de la société.

L’efficacité politique pousse souvent à laisser les plus nécessiteux là où ils sont, et à ne s’occuper que de ceux qui sont les plus proches de la réussite. Cette forme d’écrémage est exactement l’inverse d’une politique constructive, en particulier de nos jours. Car de nos jours, même si on peut naitre dans la pauvreté, on peut surtout devenir pauvre en un rien de temps. Il y a des masses de travailleurs qui franchissent, de façon souvent oscillatoire, le seuil de pauvreté. Ce qui explique par ailleurs la proportion très élevée de Français qui, dans les sondages, expriment (légitimement donc) leur crainte de basculer dans la pauvreté.

Dans la France made in Macron, la « disruption » est partout ; l’objectif est de former chaque Français pour qu’il puisse se retourner, et rebondir d’emploi en emploi. C’est donc admettre que le travail ne sera pas accessible à tout le monde sur toute une vie. C’est admettre qu’il faudra aux gens de l’adaptabilité. C’est admettre que ceux qui n’arriveront pas à s’adapter, à rebondir, connaitront fatidiquement la pauvreté sur le chemin de leurs vies…Nous sommes donc tous potentiellement concernés.

Pour conclure, je vous offre un extrait des écrits de Michelet, qui consignait en 1789 ce texte, composition qui pourrait sans grande peine, être rédigée actuellement… : « Hommes sensibles, qui pleurez sur les maux de la Révolution (avec trop de raison sans doute), versez donc aussi quelques larmes sur les maux qui l’ont amenée. Venez voir, je vous prie, ce peuple couché par terre, pauvre Job, entre ses faux amis, ses patrons, ses fameux sauveurs, le clergé, la royauté. Voyez le douloureux regard qu’il lance au roi sans parler… »

Maria Geyer (75 Paris)

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