Georges Yoram Federmann, Psychiatre gymnopédiste à Strasbourg, nous adresse ce texte de soutien aux camarades du CMPP pour qu’il soit relayé sur ce journal.

Ce texte est soutenu par Marylène Recht, Dominique Reibel, Véronique Gentner, Laure Razon, Isabelle Piegza, Claudia Gauer, Cindy Gassmann.

Il y parle de respect, de tolérance, de désaccord fécond, d’humanité.


« Nous mesurons la difficulté de la tâche des décideurs dans le contexte sanitaire actuel mais tenons à rappeler notre attachement à la liberté de soigner, de prescrire et de nous réunir en synthèse. Il y a eu tant d’errements en matière de mise en œuvre de mesures telles que le dépistage, l’isolement des malades, le traçage des contacts , l’utilisation des masques, la protection des métiers exposés que personne ne peut prétendre détenir la vérité sanitaire.

Nous sommes vaccinés ou non et respectons nos postures plus complémentaires que divergentes.

Nous estimons qu’il est fautif d’imposer un passe  vaccinal aux soignants réticents à la vaccination.

On peut comprendre le besoin de protéger la population par la vaccination de masse sachant qu’il s’agit avant tout de protéger les plus vulnérables. Mais nous comprenons aussi très bien les réticences légitimes de tous ceux qui estiment à juste titre que nous ne disposons pas d’assez de recul pour mesurer tous les effets secondaires possibles à venir.

Nous nous faisons mutuellement confiance depuis des lustres et avons décidé de continuer à nous faire confiance. C’est une partie de l’effet thérapeutique de nos institutions.

Nos collègues non vaccinées continuent à nous inspirer confiance et nous savons qu’elles continueront à prendre soin de nos petits et grands patients. Leurs qualités professionnelles et humaines sont intactes.

Elles n’ont pas été atteintes par la COVID qui menace plutôt nos cohésions relationnelles, professionnelles et sociales. C’est cela que nous ne voulons pas perdre.

Nos collègues non vaccinés ne nous menacent pas. Elles ne menacent pas leurs patients à qui leurs soins manquent cruellement. Elles ne commettent ni faute, ni crime et leur position qui continue à être discutée, nous interroge sur la qualité de notre avenir commun.

Car nous sentons bien ce qui est en jeu, au-delà de la crise actuelle, c’est la dimension humaine de la société des Hommes de demain contrôlée par décrets et lois sanitaires autoritaires ou acceptant certains risques inhérents à toute vie non évaluée, non mesurée, non assurée de la naissance à la mort.

Nous voulons continuer à former des équipes de thérapeutes mutualisant nos expériences et nos décisions, nous épaulant et nous soutenant, dans des prises en charge de plus en plus lourdes et exigeantes (à financement quasi constant).

Nous acceptons les différences de choix par rapport à la vaccination et ne nous sentons pas en danger.

Nous avons les moyens d’être prudents et sommes habitués à prendre des risques raisonnés dans l’intérêt de nos patients et au service du Soin.

Nous redoutons les effets dévastateurs des clivages et des manichéismes idéologiques.

Nous apprécions de ne pas toujours être d’accord.

Nous n’acceptons pas et nous ne supportons pas que des collègues dont nous connaissons la qualité et la noblesse professionnelles puissent se retrouver au ban de nos métiers et de la société pour une faute imaginaire qu’elles n’ont jamais commise.

Ne nous trompons pas de cible.

Ces praticiennes sont nos alliés et nos chères collègues et nous demandons leur réintégration. Nous contribuerons à réduire leur peine financière par la création d’une caisse de solidarité. Nous considérons que ce qui leur est infligé, nous est infligé ».

Georges Yoram Federmann
Psychiatre gymnopédiste
67000 Strasbourg

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