Voici le premier d’une série de sketches que je vais vous proposer tout au long de l’été …

« La solidarité des gens de mer »

Sur le pont d’un yacht flambant neuf battant pavillon panaméen au large de St Trop’, la fête bat son plein… Le propriétaire, Anastase Pompafrick, un riche industriel, fait un discours plein d’émotion à ses invités.

– POMPAFRICK Mes amis, bienvenue à bord de « l’Evadius Fiscus », pour sa première sortie en mer ! Je suis fier de vous accueillir à son bord ! Pour moi qui suis un passionné de la mer, « l’Evadius » s’inscrit dans la longue lignée des navires portant dans leurs flancs les valeurs de solidarité des gens de mer !

Et pour que ces quelques mots ne restent pas une vaine incantation, je vous invite à vous recueillir un instant à la mémoire des marins du canot de secours en mer « Jack Morisseau » qui n’ont pas hésité à braver la tempête pour tenter de sauver celle d’un patron de chalutier en perdition sur les côtes de Vendée, et y ont laissé la vie !

D’ailleurs, le plus jeune marin de mon équipage va passer parmi vous pour recueillir vos dons qui seront remis aux veuves de nos héros dans la plus pure tradition de solidarité entre gens de mer !

Ainsi, depuis Ulysse jusqu’à ces braves marins de la SNSM victimes de leur devoir en passant par Christophe Collomb et Vasco de Gama,…

– UN MARIN l’interrompt

Capitaine ! Capitaine !

– LE CAPITAINE

Quoi ? Qu’y a-t-il matelot ?

– LE MARIN

Un navire battant pavillon panaméen arrive droit sur nous !

– POMPAFRICK

Il bat pavillon panaméen ? Un compatriote ? En perdition peut-être ? Envoyez l’hélicoptére chercher son commandant qu’il nous dise comment on peut lui prêter main-forte !

Le commandant débarque sur le pont. C’est une commandante.

– LA COMMANDANTE salue et se présente au capitaine

Commandante Karola Rackete, commandant « l’Aquarius », alias « Sea Watch »

– LE CAPITAINE

Capitaine Raplapla Karpete, commandant de « l’Evadius Fiscus ». Je vous présente le seul maître à bord, le Commodore POMPAFRICK, c’est à lui qu’il faut vous adresser.

– POMPAFRICK

Eh bien Commandante, racontez-moi vos malheurs !

– LA COMMANDANTE

Ah, Commodore, je suis contente de rencontrer enfin un vrai homme de coeur, prêt à venir au secours de pauvres gens en détresse à qui le respect du droit de la mer est refusé !

– POMPAFRICK

Comment ? Le droit de la mer est bafoué en Méditerranée ? Racontez-moi cela Commandante ! Quel est le pirate qui fait pleurer de si beaux yeux ?

– LA COMMANDANTE

Hélas Commodore, il s’agit bien de mes yeux ! Il s’agit de cinquante malheureux que j’ai recueillis en mer il y a maintenant quatorze jours et que tous les gouvernements d’Europe refusent d’accueillir dans leurs ports !

– POMPAFRICK

Voyons Commandante, que me racontez-vous là ? Des naufragés recueillis il y a quatorze jours ? Il n’y avait pourtant pas de tempête il y a quatorze jours !

– LA COMMANDANTE

La tempête, voyez-vous Commodore, c’est une tempête médiatique et électorale qui empêche notre bateau d’accoster dans le port le plus proche comme le prévoit le droit de la mer qui est notre Bible à tous, nous autres gens de mer !

– POMPAFRICK

J’entends bien commandante ! Cependant, tout de même, tous les gouvernements d’Europe ne peuvent pas s’asseoir comme cela sur une aussi longue tradition sans qu’il y ait une bonne raison ! Et avez-vous essayé avec les gouvernements d’Afrique ? Sont-ils aussi irrespectueux du droit de la mer ?

– LA COMMANDANTE

Vous plaisantez Commodore ? Ces malheureux fuient les côtes lybiennes pour ne pas être traités comme des animaux et vendus en esclavage ! Il affrontent tous les dangers sur leurs coques de noix pour leur échapper, et vous voudriez que je les abandonne à ces pirates ?

– POMPAFRICK

Ah, je comprends maintenant ! Ce sont ces gens qui traversent tous les déserts sous prétexte que je pollue soi-disant  leur eau potable avec mes puits de pétrole et qui se plaignent que leurs dirigeants achètent des palaces à Paris des voitures de sport à Milan et des lingots d’or en Suisse au lieu de  construire des écoles et des hopitaux avec l’argent que je leur donne !

Qu’est ce que j’y peux moi s’ils ne sont pas contents, ça ne me regarde pas leurs problèmes de crépage de chignon, pourvu qu’ils ne me sabotent pas mes installations et qu’ils me laissent vendre mon pétrole sur le marché de Londres

– LA COMMANDANTE

Commodore, au-delà de nos divergences, je vous supplie au moins de nous laisser débarquer dans le port qui est à quelques encablures de là au fond de la rade et qui me semble équipé pour accueillir une petite cinquantaine d’hommes, de femmes et d’enfants en grande détresse physique et morale !

– POMPAFRICK

Mais qu’est-ce qu’elle raconte celle-là ? Elle veut faire débarquer ses va-nu-pieds en face de Sénéquier ? Et à l’heure de l’apéritif encore ? Et puis quoi, vous me prenez pour le commandant du port ? La séparation des pouvoirs, vous connaissez ?

Décidément, le monde de la mer n’est plus ce qu’il était ! On nomme des femmes capitaines de navires maintenant, ça ne m’étonne pas que ce soit la chienlit !

Vite, envoyez une chaloupe de votre rafiot « L’Olibrius » pour vous récupérer avant que je vous remette aux autorités de Frontex pour non respect des directives européennes en matière de gestion de l’immigration, aide aux clandestins et j’en passe !

( La commandante déçue repart à bord de sa chaloupe )

-LE CAPITAINE

Commodore, le commandant de la  chaloupe de la SNSM de Saint-Tropez demande la permission de monter à bord. C’est pour la petite quête pour la réparation de leur moteur…

– POMPAFRICK

Qu’il aille se faire voir, ce mendiant ! Dites-lui qu’on a déjà donné pour leurs camarades de Vendée, qui eux n’hésitent pas à donner leur vie pour sauver les vrais marins !

( voyant s’éloigner la chaloupe de l’Aquarius-Sea Watch )

Quelle époque ! Vraiment on accorde le pavillon panaméen à n’importe qui de nos jours !

André BARNOIN dit Dédé, de Mulhouse (68)

Si vous souhaitez réagir à cet article, n’hésitez pas à laisser un commentaire (tout en bas de cette page). Vous pouvez aussi lancer un débat sur un sujet de votre choix sur le Forum de ce journal.