Dès le mois de mai, cap sur l’Alsace. Une région que je ne connais pas encore, mais que je rejoindrai par un chemin qui, lui, fait pleinement sens.

Membre depuis 2016 de l’association Archipel des Sans Voix, je participerai cette année à son Assemblée Générale, organisée à Strasbourg le 17 mai prochain. Pour m’y rendre, j’ai fait un choix volontaire, assumé : ni train, ni voiture. J’irai à vélo. En fat bike.

Ce trajet n’est ni un exploit sportif, ni une performance à valoriser. C’est un acte simple, presque évident. Une manière de reprendre du pouvoir sur une vie fragilisée par l’anxiété, l’exclusion, la perte d’emploi, la perte de repères et l’isolement social. Quand les filets de soutien se déchirent, il reste parfois le mouvement pour ne pas sombrer. Avancer devient alors une forme de résistance.

Rouler, c’est refuser l’immobilisme imposé. C’est refuser que le silence, la mise à l’écart et l’invisibilisation deviennent la norme. C’est remettre du sens là où il a été abîmé.

Cette aventure se fera en fat bike, sur 376,2 km entre Reims et Strasbourg, au rythme des chemins, de la nature et du corps. Pas de chronomètre. Pas de pression. Juste le temps long, celui qui permet de penser, de respirer, de se reconstruire.

Pour tenir sur la durée, ce voyage se fera en totale autonomie — un choix autant politique que pratique. J’emporterai l’essentiel : une tente pour dormir là où le besoin se fait sentir, une bâche pour se protéger du strict nécessaire, un tapis de sol et un sac de couchage pour préserver le corps, condition première de toute traversée. Des vêtements adaptés aux variations de la météo, une trousse de toilette pour préserver la dignité, une trousse de secours pour prendre soin de soi quand l’institution est absente, et une trousse de réparation pour ne pas attendre qu’on vienne réparer à ma place.

Pas de GPS. Seulement des cartes papier, à l’ancienne. Refuser la dépendance numérique, réapprendre à lire le territoire, accepter l’erreur, le détour et l’imprévu comme faisant partie du chemin.

Côté ravitaillement, je partirai avec trois jours de réserve alimentaire — anticiper sans surconsommer — et surtout de l’eau. Parce que toute traversée commence et se termine par là. Ressource vitale, souvent invisible dans les discours, mais centrale dans la réalité.

Au programme : bivouacs, rencontres, images, récits… et surtout la reconquête d’un espace de liberté. Être au plus près des paysages, loin des logiques de vitesse, de rendement et d’exclusion.

Objectif : Reims → Strasbourg
Distance : 376,2 km
Durée : 7 jours
Environ 50 km par jour, modulables selon la fatigue, la météo et les réalités du terrain. Parce que s’adapter n’est pas une faiblesse, mais une force.

Ce trajet sera le premier d’une série. D’autres régions suivront. D’autres routes. L’envie de traverser des territoires que je n’ai jamais parcourus, mais aussi de rappeler que le droit au mouvement, à la dignité et à la reconstruction ne devrait jamais dépendre d’un statut social ou professionnel.

Cela fait plus de 50 ans que le vélo accompagne ma vie. Depuis l’enfance, puis tout au long de ma vie professionnelle, où je me rendais chaque jour au travail à vélo, par tous les temps, parcourant 15 à 20 kilomètres quotidiens. Aujourd’hui, le vélo n’est plus seulement un moyen de transport : il est devenu un outil de résilience, de prise de parole et de résistance douce.

Rouler, c’est dire que je suis encore là.
Et que je continue.

Michel C. Reims, mars 2026

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