Oui, le burn-out au chômage existe, même s’il est moins reconnu que le burn-out professionnel. On parle parfois de burn-out du chômage, épuisement psychique lié au chômage ou dépression situationnelle, selon les cas.
Je suis au chômage depuis une décennie. Ce n’est pas une parenthèse dans ma vie, c’est devenu une condition durable qui a profondément transformé mon rapport à moi-même, aux autres et à la société.
Mon parcours professionnel s’est brisé une première fois avec la crise économique de 2008, par un licenciement qui ne disait rien de mes compétences mais tout d’un contexte brutal. Par la suite, j’ai connu la mise au placard, puis un licenciement faisant suite à un arrêt de travail. Ces expériences ont laissé une trace profonde : le sentiment d’avoir été progressivement exclu, puis disqualifié.
Depuis dix ans, j’ai envoyé plus de 7 500 candidatures. En retour, j’ai reçu très peu de réponses, majoritairement négatives. Le plus souvent, il n’y a eu que le silence. À force, ce silence répété agit comme une violence invisible : il use la confiance, attaque l’estime de soi et donne l’impression de ne plus exister socialement.
Avec le temps, cette situation a entraîné une dégradation progressive de ma santé mentale et physique. Je souffre de troubles du sommeil, avec des nuits hachées ou peu réparatrices. L’anxiété est devenue fréquente, accompagnée de ruminations constantes autour de l’avenir, de l’argent et de ma place dans la société. Mon estime de moi s’est fortement affaiblie, nourrie par les refus répétés et l’absence de reconnaissance. J’éprouve également une difficulté croissante à me projeter, tant l’avenir semble incertain et fragile.
Aujourd’hui, ce qui me pèse le plus, c’est la perte de confiance — en moi, mais aussi dans le système — l’angoisse financière permanente, le sentiment d’inutilité et l’accumulation des refus ou de l’absence totale de réponses. À cela s’ajoute une perte progressive des relations sociales, liée à la durée du chômage et à l’isolement qu’il entraîne.
Au quotidien, je me sens souvent inutile, fatigué moralement, avec un ras-le-bol général face à la société actuelle. Ce n’est pas un manque de volonté, mais l’usure d’un combat long, inégal et peu reconnu. Malgré tout, je reste combatif. J’ai encore l’envie et l’énergie de porter un projet personnel, parce que c’est aujourd’hui l’un des rares espaces où je peux reprendre du contrôle, du sens et de la dignité.
Je sais que ce que je traverse ne relève ni de la paresse ni d’un défaut d’effort. C’est le résultat d’un stress prolongé, d’une exclusion durable du travail et d’une exposition répétée au rejet. Ce vécu a des conséquences psychiques et physiques réelles, comparables à un épuisement profond et prolongé, même en l’absence d’emploi.
Ce que je cherche désormais, ce n’est pas seulement un poste, mais la possibilité de me reconstruire sans me détruire davantage, de retrouver une stabilité, et de redéfinir ma valeur en dehors des critères d’un marché qui m’a longtemps nié.
Michel – Janvier 2026

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