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Mouvement lycéen : témoignage #1

Meaux (77), le vendredi 2 octobre 2026

Je me suis présenté ce matin à 8h30 devant le lycée Henri Moissan de Meaux en tant que membre de la CGT afin d’observer le mouvement lycéen, pouvoir témoigner et aider les jeunes à mener un mouvement revendicatif pacifiquement. Voici ce que j’ai vu.

A 8h 30, près de 1000 lycéens étaient rassemblés pacifiquement devant l’entrée du lycée. Il ne s’agissait en aucun cas d’un blocage ultra minoritaire mais bien d’un mouvement de masse. IL n’y avait au demeurant aucun « blocage » puisque proviseur et enseignants avaient pris la décision sage de fermer l’accès de l’établissement. Ils se tenaient à l’intérieur avec des extincteurs. Je suis allé échanger avec eux.

on veut étudier dans des conditions correctes, on veut un avenir.

Porteur d’un badge syndical, des jeunes sont venus me parler et me remercier, certains ont acceptés d’être pris en photos avec leurs panneaux pour peu que je m’engage à masquer leur visage. Revendications : on veut étudier dans des conditions correctes, on veut un avenir. Des drapeaux français étaient présents, dont l’un portant le slogan « la jeunesse emmerde le RN » portée par une lycéenne issue de l’immigration. Une autre m’a expliqué son milieu modeste d’origine et sa volonté de faire Sciences Po. Bien que lui ayant dit qu’il y avait d’autres possibilités dans la vie, elle s’est accrochée à son rêve. L’ambiance était bon enfant.

A 8h 50 , j’ai remarqué un petit groupe de 6 jeunes au maximum se préparant le long du bâtiment du club de basket adjacent au lycée. Ils se sont cagoulés, masqués, vêtus de noir. Ils se sont emparés de bacs poubelles grands volumes pour les amener devant la porte du lycée. Je n’ai pu voir pleinement la scène dans le détail mais le feu a été mis à ces bacs. Ils ont été remplis d’objets alors qu’ils étaient vidés par la collecte du matin. Des explosions répétitives dues à des bombes aérosols placées dans les poubelles (vidées juste avant) s’en sont suivies avant que le feu n’augmente et que l’ampleur du brasier ne se communique à l’entrée du bâtiment qui a commencé à prendre feu. L’entrée du lycée est fortement endommagée. Des lycéens proches de moi ont dit « Mais si le lycée brûle nous n’aurons plus de lycée ». Marque du bon sens et de la désapprobation de cet acte.

Quelques questions :

  • Pourquoi y avait-il des poubelles devant le lycée alors que le travail de base de la police eut été de les retirer immédiatement dès le matin  pour prévenir tout dérapage éventuel ?
  • Il n’y avait aucune présence policière en tenue, casque à la hanche pour dissuader alors que le mouvement était totalement pacifique et joyeux. Des policiers en tenue en prévention n’auraient rien risqué
  • S’il y avait des policiers en civil, ils auraient pu encore mieux voir la scène que j’ai détectée moi-même et intervenir immédiatement.
  • Des forces de l’ordre suréquipée se tenaient très en retrait devant la gare et la mairie. Pourquoi ?
  • Ces mêmes forces de l’ordre étaient équipées de LBD. Pourquoi ? Des gamins de 14-16 ans pacifiques méritent ils le risque d’une telle riposte ?

Face à l’incendie que les forces de l’ordre ont laissé prospérer pendant plus de 15/20mn au point d’endommager le bâtiment, les pompiers ont été enfin appelés. Ils n’ont subi aucune opposition. C’est alors que les forces de l’ordre suréquipées ont décidées de charger tout le monde.

Dûment badgé en tant que syndicaliste, j’ai essayé de tempérer en criant aux policiers chargeant « Ils n’y sont pour rien , c’est par là-bas, un petit groupe ». Je me suis vu répondre brutalement « C’est cela défendez les ! ».

Au final la charge a dégagé le lycée et des tirs de lacrymogènes ont commencé pour dégager toute la zone. Nous avons été abondamment arrosés de gaz jusqu’à la gare.

Un groupe est parti en ville. J’ai repris ma voiture pour me rendre au centre commercial les Saisons de Meaux où des échauffourées étaient signalées. Dans le centre, j’ai vu des jeunes approchant, n’ayant rien à voir avec des lycéens, dans une tentative probable de pillage de magasins. Les portes du centre ont été verrouillées, contre toutes les règles dé sécurité. Quatre malheureux policiers en civil dont un casqué étaient complètements débordés. Il n’y a eu au final aucun dégât.

aucune présence dissuasive, aucune tentative de dialogue

Cette gestion d’un mouvement pacifique de citoyens très jeunes et peu organisés est désastreuse et dangereuse. Il n’y a aucune présence dissuasive, aucune tentative de dialogue. Je n’ai entendu aucune sommation de dispersion avant la charge policière et j’étais en plein centre du rassemblement. Les moyens mis en œuvre sont disproportionnés y compris en prenant en compte la nécessaire protection des forces de l’ordre. Mon point de vue d’observateur est que l’on laisse dégénérer suffisamment les choses pour obtenir des images de lycées qui brûlent et d’une violence qui ne reflète pas du tout l’esprit du mouvement. Les jeunes devant les lycées réclament simplement des moyens pour étudier et un avenir vivable. Ils ne sont aucunement là pour en découdre et détruire.

Je serai présent lundi matin au même endroit à la même heure.

Laurent PIOLET

Membre de la CGT depuis 30 ans

Ancien délégué du personnel et élu de comité d’entreprise

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