L’occupation Samu SocialUtopia 56 : je m’étais engagée hier à aller y distribuer des petits déjeuners. Dans la soirée de la veille, l’arrêté d’expulsion (*) – prévisible autant que d’une hypocrisie crasse – est tombé, ce sera pour jeudi matin (13/08). La nuit a donc été plus courte encore que d’habitude, dans cet enfer sur terre, les gens ont émergé tard. Ce qui m’a laissé le temps avant d’accompagner un des bénévoles au travers des barnums, parkings et sous-sols transformés en camp de réfugiés – à Paris, en 2026 – essentiellement habité par des femmes, des enfants en bas âge et des gens malades ou handicapés. Couvertures au sol à touche-touche, bébés étrangement calmes, inquiétude sur tous les visages.

Je l’ai vu essayer de répondre aux questions sans réponses – expulsés, au motif de la canicule et de l’insalubrité, pour aller où puisque justement il n’y a pas de places d’hébergement (et 38° à Paris demain) ? Que peuvent encore les associations présentes sur le terrain ? Quelle stratégie en fonction de chacune des situations (400 personnes…), mineurs non accompagnés, personnes en situation régulière ou non, en emploi ou non, accompagnés par les services sociaux ou non, enfants scolarisés ou pas ? Certains partiront dès ce soir – ceux qui ne peuvent absolument pas se permettre une confrontation avec les forces de l’ordre (OQTF active ou potentielle).

Une dame m’a particulièrement touchée – auxiliaire de vie, en CDI, elle a appris dans la même après-midi le décès de son père en Afrique et la fin programmée de ce répit de quelques semaines : « Dans la même après-midi, je pleure mon père, et je suis à la rue ; j’ai demandé ma journée à la dame pour qui je travaille. » Si demain elle est envoyée dans un abri provisoire (3 semaines maximum) à l’autre bout de la France, que devient cette fragile insertion ? Ce qui est vrai pour elle l’est pour tous ceux qui sont engagés dans diverses démarches – et anéantira aussi les efforts des travailleurs sociaux. Pourtant, elle n’avait que de la gratitude à offrir – pour la solidarité, l’eau et la nourriture, les passages de Médecins du Monde, le soutien du collectif, demandeurs d’hébergement, 115, associations et syndicats. La colère ne serait pas moins légitime – mais les gens sont épuisés, pour la plupart.

Qui d’autre ? Une vieille dame maghrébine, son fils adulte handicapé couché à même le sol, le fauteuil à côté d’eux (qui l’a porté pour l’allonger ?). Dans les parkings, les tentes fermées des mineurs non accompagnés, qui repartiront en errance dans la nuit. Une femme blanche, âgée, probablement avec un trouble psychiatrique, qui cherche en vain ses lunettes. Des enfants qui dorment cul nu sur des couettes sales.

Ensuite j’ai distribué des cafés, du jus de fruit, des gâteaux, mais aussi des couches, du lait en poudre pour les bébés, des serviettes hygiéniques, des gourdes, du savon, de la lessive, du liquide vaisselle, des échantillons de crème solaire. Observé l’éventail habituel des comportements humains, de la grande gueule qui veut tout en cinq exemplaires pour elle seule à la gamine famélique qui ose à peine tendre la main vers un deuxième biscuit. Entendu toutes les langues de la Terre – mais un geste, parfois un sourire, peuvent suffire. Comme celui qui illumine un instant le regard de cette petite fille anglophone – indienne ? pakistanaise ? à qui je tends le chocolat au lait qu’elle m’a demandé.

Je suis rentrée chez moi ensuite – mais j’ai le cœur lourd. Sur la dalle, la chaleur et les tensions vont continuer de monter tout au long de cette dernière journée… et je suis hantée par ce qui se passera demain matin au lever du jour.

Les associations promettent de ne pas les lâcher, d’orienter au mieux, de garder ensemble les personnes qui le souhaitent, mais comment ? Y aura-t-il quelques propositions décentes ? Des affrontements ? Il n’y a que des populations vulnérables dans ce groupe, et c’est leur nombre qui donnait un peu de poids aux négociations, mais une fois dispersés ? 

Et les obligations de l’Etat sur les hébergements d’urgence, on en parle ? Une dame m’a particulièrement touchée – auxiliaire de vie, en CDI, elle a appris dans la même après-midi le décès de son père en Afrique et la fin programmée de ce répit de quelques semaines. Si demain elle est envoyée dans un abri provisoire (3 semaines maximum) à l’autre bout de la France, que devient cette fragile insertion ? Ce qui est vrai pour elle l’est pour tous ceux qui sont engagés dans diverses démarches – et anéantira aussi les efforts des travailleurs sociaux. Pourtant, elle n’avait que de la gratitude à offrir – pour la solidarité, l’eau et la nourriture, les passages de Médecins du Monde, le soutien du collectif, demandeurs d’hébergement, 115, associations et syndicats. La colère ne serait pas moins légitime – mais les gens sont épuisés, pour la plupart.

Ensuite j’ai distribué des cafés, du jus de fruit, des gâteaux, mais aussi des couches, du lait en poudre pour les bébés, des serviettes hygiéniques, des gourdes, du savon, de la lessive, du liquide vaisselle, des échantillons de crème solaire. Observé l’éventail habituel des comportements humains, de la grande gueule qui veut tout en cinq exemplaires pour elle seule à la gamine famélique qui ose à peine tendre la main vers un deuxième biscuit. Entendu toutes les langues de la terre – mais un geste, parfois un sourire, peuvent suffire. 

Je suis rentrée chez moi ensuite – mais j’ai le cœur lourd. Sur la dalle, la chaleur et les tensions vont continuer de monter tout au long de cette dernière journée… et je suis hantée par ce qui se passera demain matin au lever du jour. Les associations promettent de ne pas les lâcher, d’orienter au mieux, de garder ensemble les personnes qui le souhaitent, mais comment ? Y aura-t-il quelques propositions décentes ? Des affrontements ? Il n’y a que des populations vulnérables dans ce groupe, et c’est leur nombre qui donnait un peu de poids aux négociations, mais une fois dispersés ? Et les obligations de l’Etat sur les hébergements d’urgence, on en parle ?

Une indignée parisienne, le mercredi 12/08/2026

Les justifications de l’arrêté préfectoral d’expulsion sont que « l’occupation du Samu Social, associée à un mouvement de grève, altère considérablement et de plus en plus son fonctionnement quotidien« . Hors les personnels du Samu Social sont justement en grêve depuis le 23 juin (!) parce qu’ils n’ont PAS les moyens d’exercer leurs missions. Cqfd ! Bienvenue en absurdistan et en inhumanité.

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