On vous a souvent montré du doigt, on vous a critiqué, vous avez provoqué du rire mais aussi quelques larmes devant la glace, fais disparaître parfois mon sourire devant un objectif mais vous faites partis de moi.

Vous êtes venus depuis l’enfance au même moment que cette maladie qui a fini par emporter le premier amour de ma vie. À tenter de compenser l’absence, les vides, ce silence, à force ensuite de moqueries, de non- dits, de sport à outrance et de prise de médicaments, vous avez fini par disparaître en laissant apparaître mon squelette, un mal-être.

Puis il y a eu cet accident, des mois plongée alitée dans cette chambre. Vous étiez de plus en plus nombreux à me tenir compagnie même une fois sortie de ce lit, après en avoir fini avec les béquilles.

Mais votre compagnie devenait pesante et cette ancienne amie, je la pensais bien pensante. Après tout elle voulait juste que je sois plus jolie, mieux dans mes slims.

Mais il y a eu ensuite des épreuves, trop d’épreuves, une impossibilité de les affronter seule et d’en faire le deuil. Alors vous êtes revenus et plus la pression augmentait plus vous étiez là comme pour m’envelopper afin de me protéger pendant que je touchais le fond, pendant que je me questionnais et m’interrogeais sur la place que j’occupais dans ce monde.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là, j’ai tenté de fuir mes peurs plutôt que de les affronter, vous êtes le cumul de ces tensions et pressions accumulées. Vous avez ensuite été là, pour m’ accompagner durant 9 mois.

Vous êtes disgracieuses et en même temps pleines de douceurs, vous êtes mes rondeurs.

Vous êtes la somme de tout ça, de ce poids, de ces fardeaux, le résultat final d’un cadeau. Vous êtes disgracieuses et en même temps pleines de douceurs, vous êtes mes rondeurs.

Je ne l’ai jamais dit, ni avant cela écrit et si aujourd’hui je le fais c’est pour espérer clore définitivement ce chapitre. J’en ai assez de faire le yoyo, de laisser mes émotions guider mes actes, fumer, manger, maigrir, grossir, S’en est trop. Ces derniers temps trop d’émotions, je ne suis pas un punching-ball, non ! Je suis au milieu, au milieu d’airbags que je ne cesse de rembourrer pour mieux me protéger, me préserver. Mais je me victimise … c’est ce qu’ils disent, ces personnes qui prétendent nous soutenir et qui s’étonnent que suite à ces propos je leur balance des insultes pour en finir. Je parle à des murs qui ne veulent pas voir ces fêlures puis face à ma réaction ça revêt une armure. Alors je m’entoure de ces personnes positives et je m’isole et essaie d’être créative. Parce que je n’en peux plus de cacher mes larmes devant mon fils. Devant lui j’affiche un sourire mais derrière j’ai encore de sales manies pour supporter l’hypocrisie. Abîmée, je ne peux pas flancher. Ne surtout pas craquer mais maintenant il est grand temps de faire éclater cette triste vérité pour me permettre d’avancer.

Nous sommes dans une société qui depuis longtemps ne passe pas au-delà des apparences, qui n’apprend pas à regarder au-delà du superficiel afin de mieux se concentrer sur ce qui est essentiel. Des gens qui s’attachent à votre couverture, on vous parle alors de régime mais pas de ces blessures cachées, protégées, ces fissures sous le plexus. Il est là le réel souci, c’est de ça qu’il faut réellement guérir.

Je remercie mon chéri d’avoir vu quelque chose de spécial en moi, Merci d’essayer d’atténuer ces blessures qui sont miennes, de m’avoir aimé avant que je n’y parvienne.

ce corps marqué par la maigreur ou par le surpoids traduit seulement une histoire

J’espère que cette mise à nue de ces kilos superflus en fera réfléchir plus d’un, que lorsque vous croiserez quelqu’un désormais vous ne vous arrêterez plus sur une apparence car en réalité ce corps marqué par la maigreur ou par le surpoids traduit seulement une histoire. Le corps est comme une enveloppe, à l’intérieur s’y cache des expériences de vies, des maladies, des cicatrices.

Avant que je puisse enfin m’accepter ou retrouver la ligne … dire au revoir, une fois pour toute, à mes démons ou à ces vieux amis, d’accepter ces stigmates réversibles ou irréversibles, ces choses visibles qui témoignent de ce qu’on garde invisible … Je voulais vous remercier d’avoir lu tout ceci. J’espère vous avoir touché par ce message, que vous vous reconnaissiez ou non dans ce témoignage, qu’il vous aura au moins amener à réfléchir à ces marques que la vie nous laisse et ce, peu importe l’âge.

« N’oublie jamais que tes paroles ont le pouvoir de détruire ou de construire, de décourager ou d’encourager, de guérir ou d’ouvrir de profondes blessures. Choisis tes paroles avec précaution.« 

Erica Art’Borea (Texte et dessin)

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