Une campagne censurée !

Le 13 juin 2016, l’association médicale de solidarité internationale  » Médecins du monde  » (MDM) dénonçait dans une campagne choc [1] les bénéfices exorbitants des laboratoires pharmaceutiques.

En effet, jamais le prix des médicaments et des vaccins n’a été aussi élevé. Les militants de l’association dévoilent que l’industrie pharmaceutique, bien que cherchant à soigner les patients en développant des nouveaux traitements efficaces, s’inscrit également dans une recherche de rentabilité grâce à une marge intolérable entre le prix de production et le prix de vente qui s’élargit chaque jour. L’augmentation des besoins avec l’augmentation des prix ne présage rien de positif pour les systèmes sociaux qui sont agressés par les logiques libérales, et plus globalement par l’inhumanité de la prédation capitaliste. L’actuelle présidente de Médecins du Monde, le Docteur Françoise Sivignon livre son indignation et son inquiétude sur la situation actuelle :

« Ces prix exorbitants ne pourront bientôt plus être pris en charge par la sécurité sociale. Demain, qui pourra payer de telles sommes pour se faire soigner ? La mainmise de l’industrie pharmaceutique sur le système de la brevetabilité doit cesser. Les autorités laissent les laboratoires dicter leurs prix et abandonnent leur mission, celle de protéger la santé des populations, ce n’est pas au marché de faire la loi, c’est à l’État. ».[2]

Le Cancer, joli profit pour l’industrie pharmaceutique !

Le cancer est la première cause de mortalité en France avec les maladies cardiovasculaires. En 2017, on estime que les nouveaux cas s’élèvent à environ 400 000 personnes pour un nombre de décès statuant à 150 000. On estime également que le nombre de personnes d’au moins 15 ans en 2008 ayant survécu à un cancer est de l’ordre de 3 millions, (1 570 000 hommes et 1 412 000 femmes.). D’un point de vue général ce qui inquiète les médecins, c’est l’explosion des coûts pour les traitements. Certes en France le système de remboursement arrive encore à tenir, mais pour combien de temps ? Car depuis 2000, le coût du cancer global (assurance maladie, arrêts maladie…) était de 15 milliards dont 1 milliard pour les médicaments. Aujourd’hui nous sommes à 16,5 milliards dont 3,5 milliards pour les médicaments. Comme l’explique le professeur en cancérologie Thierry Philip : « Nous sommes entrés dans un taux d’augmentation annuelle qui est devenu intenable. Et si on laisse faire, cela va mal finir. »

Et que dire du mélanome, la forme la plus dangereuse des cancers de la peau. On dénombre environ 11 176 cas en 2012. Le taux de malade a augmenté de 10% depuis 50 ans et fait de lui, le cancer qui augmente le plus annuellement. MDM dénonce que le prix du traitement appelé Keytruda est de 100 000 euros par an pour chaque patient. En d’autres termes, le produit génère dans les 4,5 milliards $ de chiffre d’affaires pour le laboratoire Merck, dont l’ensemble de son chiffre s’élève à 44 milliards $ (2013). La firme qui d’une part recherche à maximiser au plus haut point les bénéfices sur ses produits, a également été rendu coupable de la dernière crise sanitaire en France avec le scandale du Levothyrox.

Pour terminer, la tumeur la plus répandue chez les femmes est le cancer du sein. Dans un premier temps, l’accompagnement médical et le dépistage de la maladie a nettement progressé depuis ces dernières années. En effet, bien que le taux de personnes concerné a doublé entre 1980 et 2005, il est désormais en phase de stabilisation. De plus, le nombre de décès annuel n’a pas augmenté depuis les années 80. C’est pourquoi, environ 3 cancers du sein sur 4 sont aujourd’hui guéris selon la Ligue contre le cancer. Mais cette tumeur, c’est également 54 062 nouvelles victimes touchées chaque année ; environ une femme sur neuf en sera victime dans son existence ; c’est 11 900 décès annuels et… 120 000 euros de bénéfices possibles pour les firmes. En effet, le coût du traitement appelé Kadcyla est estimé à environ 120 000 euros pour une durée de 18 mois (rapport de la Haute Autorité de Santé). Bien que la moyenne est de 7,6 mois, la durée du traitement peut aller jusqu’a 2 ans selon les patients.

En conclusion la maladie est donc un marché énorme. En 2013, le marché international du médicament est évalué à environ 639 milliards $ de chiffre d’affaires, soit trois fois plus qu’il y a 30 ans. En 2013, les 10 plus grandes entreprises pharmaceutiques ont dégagé un bénéfice de plus de 100 milliards $ pour 66 milliards $ investi en R&D (Recherche et Développement). Le marché du médicament n’a donc rien à envier à celui du pétrole ou du luxe. Certes, bien que les laboratoires cherchent à soigner les personnes malades, ils sont également dans une dynamique de maximisation optimale du bénéfice qui en fin de compte se réalise au dépend de la santé de tous.

Par exemples :

  • Le Sovaldi, pour soigner l’hépatite C chronique, est vendu 41 000 € par patient
  • Le Keytruda, pour soigner le mélanome, sera vendu à plus de 100 000 € par patient
  • Le Glivec pour soigner la leucémie est vendu 40 000 € par an et par patient

Selon les firmes, la justification du tarif élevé des traitements repose sur les coûts de recherche et développement (R&D) (correspondant à l’ensemble des frais pour créer un médicament), cependant ces montants réels restent encore aujourd’hui classés confidentiels. C’est ironique puisque justement c’est ce qui doit objectivement déterminer le prix du traitement. C’est donc par ce manque de transparence que les entreprises peuvent réaliser des bénéfices records totalement immoraux. Il faut donc que les états interviennent réellement dans ce rapport de force, régulent le marché en faisant baisser le prix des traitements afin de préserver les systèmes de santé solidaire, car jusqu’où pourront-ils tenir devant l’appétit vorace de l’industrie pharmaceutique ? Ceci n’est pas seulement une question politique, mais également une question éthique et existentielle.

Tant que les médicaments, la maladie et donc la souffrance humaine, personnelle et collective seront source de profit, alors le prix de la vie ne sera jamais discuté dans l’intérêt des premiers concernés : les malades.

Un article traitant d’autres maladies rentabilisées par les firmes pharmaceutiques : https://blogs.mediapart.fr/astier-valentin/blog/020918/rentabilite-de-la-maladie-le-profit-fixe-le-prix-de-nos-vies

Toutes les sources dans ce dossier : https://leprixdelavie.medecinsdumonde.org/fr-FR/

 Valentin ASTIER (51)

[1]https://leprixdelavie.medecinsdumonde.org/fr-FR/

[2]https://www.medecinsdumonde.org/fr/actualites/presse/2016/06/13/medecins-du-monde-devoile-une-campagne-choc-pour-denoncer-le-prix-des-medicaments

 

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