En tant que travailleur social et engagé dans le cercle associatif, la misère, la pauvreté, le chômage, la stigmatisation sont des problématiques que je côtoie régulièrement. L’esprit de cette chronique est simple : c’est un engagement contre la violence du capital qui crée toutes ces difficultés et contre une politique libérale qui elle, légitime l’inconcevable. Je publie régulièrement sur mon blog sur Mediapart.

Macron, élection pour la classe dominante

Les personnes et familles pauvres font parties des grands oubliées d’En Marche, ce qui est tout à fait logique si on regarde de plus près les politiques libérales prônées par notre gouvernement. On ne peut pas aider les riches et les pauvres en même temps. Macron a donc choisi les premiers et comble du ridicule ou du cynisme, il les aide dans leur recherche d’évasion fiscale en supprimant l’Exit Tax. Par contre les dominés eux n’ont rien à frauder et le peu qu’ils ont, En Marche le prend à travers une diminution de 5 euros d’APL[1], ou encore dans la possible future baisse des aides sociales à l’emploi[2]. Puis je me suis souvenu d’une phrase d’Emmanuel Macron lors de l’inauguration de la Station F, à Paris le 29 juin 2017 : « une gare, c’est un lieu où on croise les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien »[3]. Devant une telle médisance, comment imaginer une quelconque objectivité devant la misère humaine ? Alors je dis un grand NON, « Dans la société, il n’y a pas des gens qui réussissent et d’autres qui ne sont rien, mais des gens qui ont tout parce d’autres n’ont plus rien »

Pour arriver à cela, le président aide les dominants à faciliter ce qu’il appelle généreusement l’optimisation (l’évasion) fiscale en supprimant l’Exit Tax. Ce dispositif était une barrière contre cette pratique qui a permis depuis sa création de récupérer 800 millions d’Euros selon le rapport du Conseil des prélèvements obligatoires (CPO), publié en janvier 2018. Cependant ce n’est qu’un minimum et nous pourrions abandonner jusqu’à 3,5 milliards d’Euros avec sa suppression. La députée d’En Marche Anne Genetet osait prétendre que seulement « En 7 ans d’existence, l’exit tax n’a rapporté que 63 millions d’euros (c’est-à-dire 9 millions par an ) ».[4] Niveau démagogie, nous sommes ici au maximum.

Ce qui est paradoxal, c’est qu’En Marche a crée une loi contre les Fakes News[5], or ce sont eux les premiers propagateurs de ce type de fausses nouvelles, Anne Genetet le prouve encore une fois. Mais les libéraux mettront cela sur le compte de l’erreur ou de la méconnaissance.

Si nous devions faire un petit résumé de la première année d’En Marche, c’est une année de cadeaux fiscaux pour les riches ou plutôt pour les dominants : la suppression de l’ISF et la diminution des impôts sur les entreprises est un manque à gagner de 6 milliards d’Euros annuel, la suppression de la taxe sur les dividendes (1,8 milliard d’euros) et la Flat Tax sur les revenus du capital (1,3 milliard d’euros), le renouvellement d’un CICE qui coûte environ 20 milliards par an depuis 2013 pour une inefficacité prouvée depuis longtemps (et qui rentre dans la dépense publique), la suppression de l’Exit Tax facilitant l’évasion fiscale (800 millions €), des dividendes de plus de 50 milliards d’Euros faisant de la France la championne d’Europe…

Devant cela, quelles réponses sont faites aux classes dominées par le capital ? Une baisse des APL de 5 €, une augmentation de la CSG pour les retraités, une perte de pouvoir d’achat de 4,5 milliards d’Euros à consommation égale à 2017, une mise en concurrence de la SNCF pour laisser le secteur privé gérer le rail, comme par le passé pour les autoroutes avec aujourd’hui des péages privés et des coûts surélevés.[6] Pourquoi est-ce que les Anglais veulent une renationalisation de leur rail après sa privatisation ? Car l’état des chemins de fer n’a jamais été aussi lamentable et parce que les prix n’ont jamais été aussi haut. Pour certains trajets, entre 1995 et 2015, le prix d’un billet de train a augmenté en moyenne de 117% ![7]. Puis il y a également une future attaque contre la fonction publique et la dépense publique. Dans cette dernière, ce sont les prestations sociales qui sont visées. Christophe Castaner le secrétaire d’Etat chargé des Relations avec le Parlement et délégué général d’En marche, a déclaré sur BFMTV le 31 mai 2018 : « En 10 ans, le nombre de bénéficiaires du RSA, et ce n’est pas un reproche que de dire cela, a été multiplié par 10. Pardon, a été augmenté de 50% en 10 ans. Ça veut dire que nous avons une anomalie dans notre système. Parce qu’il y a des gens qu’on aide par l’allocation. Moi je préfère aider par l’investissement, je préfère les accompagner, je préfère leur donner la main pour les amener vers une formation, et les ramener vers ce qui doit être essentiel : le travail ».

Mais quelle démagogie ! Castaner prend des chiffres exacts mais il les tourne de façon à légitimer ses idées réactionnaires. Car la vérité est que si les bénéficiaires du RSA ont augmenté de 50 % en 10 ans, c’est parce que le chômage a augmenté de 51 % également.[8] Le RSA suit tout simplement les cycles économiques. Et donc il faut remettre en cause le champ de production et non l’individu, mais Castaner préfère encore une fois la stigmatisation et la culpabilisation des classes dominées afin de ne pas affronter les dominants, en clair ceux qui détiennent la production.

Alors non Castaner, en France on aide pas les gens par les allocations, on les délaisse aux allocations car ils n’ont que cela à prendre. Quelle infantilisation et médisance : je veux prendre par la main les allocataires du RSA pour les amener vers ce qui est essentiel : le travail. Pas la peine de leur tenir la main cher Castaner, il faudrait seulement que le champ de production accorde l’essentiel, le travail justement. Mais c’est plus facile de s’attaquer aux individus plutôt qu’aux institutions capitalistes comme le marché du travail et à la propriété lucrative des moyens de production qui sont les véritables causes du chômage. Trouvons des coupables et non des solutions durables, telle est la politique d’En Marche.

Toute la politique néolibérale d’En Marche a pour objectif de déconstruire notre modèle social de solidarité. Je ne perçois aucun geste bienveillant de la part de ce gouvernement envers les classes prolétaires que l’on appelle aujourd’hui « populaires », afin de lui retirer tout caractère politique. Cette classe ne serait plus dominée ni exploitée mais juste défavorisée. Elle n’est donc pas attaquée par les loups du capital mais elle n’a seulement pas eu de chance. Les mots sont important pour influencer les masses, on appelle cela la novlangue et c’est très efficace pour empêcher les citoyens de penser en tant que membre d’une même classe sociale, mais passons…

Par exemple, un geste significatif du gouvernement serait qu’au lieu d’aider les riches, l’État devrait mettre en place une véritable campagne d’accompagnement des personnes vers les prestations sociales. Aujourd’hui encore, seulement 37 % des familles connaissent les aides qui leurs sont dédiées et 50 % de celles qui sont éligibles aux aides à la parentalité ne les touchent pas. En ce qui concerne les personnes âgées, 44 % des personnes éligibles à l’allocation personnalisée d’autonomie (APA) n’y accèdent pas, on appelle cela le non-recours aux droits. Force ouvrière démontrait en 2016 qu’il y avait 35 % de non-recours pour le RSA socle et 68 % de non-recours au RSA activité qui a été remplacé en 2016 par la prime d’activité. Dans leur totalité, les sommes non perçus au seul titre du RSA s’élèvent à 5,3 milliards d’euros. Mais les politiciens libéraux préfèrent mettre le doigt sur la fraude sociale en 2014 reconnu à 425 millions.[9]

Mais pourquoi cette situation ? Il semblerait que la principale raison serait le manque d’information (49 % des réponses), puis ensuite les gens se débrouillent autrement avec leur cercle privé (23 %). Cependant il y a également la complexité de nos administration et de toutes les démarches à entreprendre (16 % des sondés), une réticence «  à ouvrir sa sphère privée  » car l’institutionnalisation de sa pauvreté ou de ses difficultés est une grande source de stigmatisation et une ingérence dans sa vie intime. Pour terminer, 16 % des sondés ont une méfiance et une perte de confiance envers les administrations françaises (10 %).[10]

Si En Marche voudrait faire un geste significatif pour les classes prolétaires, il y aurait de nombreuses possibilités et dans cette chronique, je vais en dénombrer plusieurs. L’une de ces idées vient d’être énoncée plus haut : la lutte contre le non-recours aux droits mais en même temps, cela fait économiser de l’argent public, alors à quoi bon…. Mais une démocratie qui ne donne pas les ressources à des personnes éligibles est une démocratie qui se cache, qui s’oublie, et lorsqu’elle permet aux dominants de frauder plus facilement, elle devient complice d’un crime contre l’éthique démocratique qu’elle est censée défendre.

[1] https://www.humanite.fr/apl-la-baisse-de-5-euros-cest-officiel-642839
[2] http://www.lepoint.fr/politique/aides-a-l-emploi-le-gouvernement-pourrait-les-reduire-si-le-chomage-baisse-21-05-2018-2220036_20.php
[3] https://www.20minutes.fr/politique/2097855-20170703-video-emmanuel-macron-croisez-gens-reussissent-autres-rien-phrase-fait-polemique
[4] https://www.marianne.net/economie/suppression-de-l-exit-tax-pourquoi-le-cadeau-aux-riches-de-macron-est-bien-de-800-millions
[5] https://www.francetvinfo.fr/internet/reseaux-sociaux/loi-sur-les-fake-news-les-deputes-renforcent-et-rebaptise-le-texte_2777579.html
[6] https://www.monde-diplomatique.fr/2012/07/DESCAMPS/47973
[7] https://www.francetvinfo.fr/monde/royaume-uni/greves-retards-prix-prohibitifs-pourquoi-certains-britanniques-veulent-renationaliser-leurs-chemins-de-fer_1970117.html
[8] http://www.liberation.fr/checknews/2018/06/01/castaner-a-declare-que-les-allocataires-du-rsa-ont-augmente-de-50-en-10-ans-est-ce-vrai_1655852
[9] https://www.force-ouvriere.fr/le-non-recours-aux-droits-sociaux-un-phenomene-silencieux-de
[10] http://www.lepoint.fr/economie/une-personne-sur-trois-ne-percoit-pas-les-aides-sociales-auxquelles-elle-a-droit-14-11-2017-2172295_28.php

Valentin ASTIER (Reims)

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