La Déclaration universelle des droits de l’Homme s’inscrit dans un contexte historique marqué par la fin de la Seconde Guerre mondiale. C’est au début de l’année 1946, au tournant des pages les plus sombres de l’Histoire, qu’a été décidée la rédaction des droits inaliénables dont chaque être humain pourrait se prévaloir. Après deux années de réflexions et de concertations internationales, la Déclaration universelle des droits de l’Homme fut finalement adoptée par un collège de nations le 10 décembre 1948.

Dans une large mesure, cette déclaration promouvant les principes intangibles d’égalité, de liberté et de dignité constitue un édifice moral opposé aux violations perpétrées par les régimes dictatoriaux dont l’Allemagne nazie fut le pire représentant. Ses rédacteurs se sont d’ailleurs référés « à des actes de barbarie qui révoltent la conscience de l’humanité »1 pour justifier sa proclamation.

Mais, par son caractère résolument universel, cette Déclaration dépasse un simple cadre historique pour inscrire idéalement une série de droits valables dans toutes les sociétés composant la famille humaine en perpétuel devenir.

Particulièrement, plusieurs de ses articles (22 à 27) ont trait aux droits économiques, sociaux et culturels incluant notoirement le droit au travail proclamé comme suit :

Article 23.

  1. Toute personne a droit au travail, au libre choix de son travail, à des conditions équitables et satisfaisantes de travail et à la protection contre le chômage.
  2. Tous ont droit, sans aucune discrimination, à un salaire égal pour un travail égal.
  3. Quiconque travaille a droit à une rémunération équitable et satisfaisante lui assurant ainsi qu’à sa famille une existence conforme à la dignité humaine et complétée, s’il y a lieu, par tous autres moyens de protection sociale. […]

À l’approche des commémorations du 70e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, il faut s’attendre à ce que nos responsables politiques s’emparent de l’occasion pour que rejaillissent sur eux l’éclat d’un idéal que la conduite des affaires de l’État ne traduit pas forcément. Toutes les célébrations organisées en ce sens dix ans auparavant permettent de l’augurer.2

À n’en pas douter, il y aura des voix distinguées pour vanter le rôle éminent de la France dans la création du comité de rédaction de la future Déclaration3, dans sa rédaction proprement dite à laquelle René Cassin a largement contribué et dans son adoption au palais de Chaillot auréolant l’orgueil national d’un chatoiement parisien.

Mais entendra-t-on aussi les Sans-Voix qui pourraient se saisir de l’occasion pour rappeler à quel point leur sort quotidien contredit les idéaux dont les dirigeants politiques se targuent ? Il nous appartient de ne pas laisser confisquer ces droits de l’Homme qui soulignent notamment la dignité inaliénable des plus humbles, des exclus de l’intérieur, de « ceux qui ne sont rien » aux yeux de l’actuel Président de la République. Les chômeurs, les précaires, les étudiants et les femmes salariées, entre autres, auraient certainement, au regard de leurs conditions d’existence, de quoi revendiquer haut et fort les principes intangibles du droit au travail dont la Déclaration universelle des droits de l’Homme est porteuse. Alors relisons et diffusons ces principes en nous appuyant sur cette conviction formulée par Gérard Fellous : « La caractéristique première des droits de l’Homme est que, partout dans le monde, quel que soit le régime politique d’un pays, l’intérêt de l’Homme, de l’individu, du citoyen, peut et doit s’opposer à celui de l’État. »4

Philippe Bujnoczky

Références

  1. Deuxième considérant de la Déclaration universelle des droits de l’Homme.
  2. Cf. « 60e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’Homme en France et dans le monde », dossier de presse, 2008, disponible sur internet.
  3. Cf. Selon l’historien Georges-Henri Soutou, la création d’un comité de rédaction de la Déclaration universelle des droits de l’Homme « fut obtenue de haute lutte par Pierre Mendès France, alors représentant de la France au Conseil économique et social. » Georges-Henri Soutou, La France et la Déclaration des droits de l’homme, Paris : Les Editions du diplomate, 2008, p. 29.
  4. Gérard Fellous, Les droits de l’homme. Une universalité menacée, Paris : La Documentation française, 2010, p. 12.

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1 COMMENTAIRE

  1. Ce DROIT à un emploi apparait aussi à l’article 5 du préambule de la constitution française de 1946 (« Chacun a le devoir de travailler et le droit d’obtenir un emploi … »), qui est lui-même explicitement cité comme référence dans le préambule de la constitution française de 1958 en vigueur actuellement.
    En conséquence, on peut légitimement se demander si toutes les politiques qui n’ont pas pour RESULTAT le plein emploi (elle prétendent toutes en avoir le but …) ne devraient pas être abolies car déclarées non-constitutionnelles ?